Et si soigner différemment s’apprenait vraiment ? C’est toute la démarche de Cloé Brami, oncologue, qui a fondé Mû Médecine — une école qui forme les professionnels de santé à une approche intégrative, interdisciplinaire, philosophique et incarnée du soin.

Cloé Brami est médecin cancérologue. Son parcours, à la croisée de la médecine, de la psychologie et de la philosophie, témoigne d’un cheminement qui refuse les frontières étanches. Formée dans des environnements hospitaliers exigeants, elle s’est progressivement tournée vers une approche intégrative du soin, nourrie notamment par une expérience au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York, où elle découvre des pratiques mêlant clinique, recherche et approches complémentaires.

On comprend pleinement à la lecture de son parcours et sa formation que l’essence fondatrice de Mû Médecine ne surgit pas d’un idéal abstrait mais d’une réalité tangible qui s’ancre dans le constat d’une sensation que quelque chose d’essentiel s’est dissocié dans la pratique médicale contemporaine.  

Une complémentarité déjà à l’œuvre

Avant même de parler de formation, il me paraissait utile de rappeler que cette “autre manière de soigner” n’est pas une projection futuriste. Elle existe déjà, concrètement, dans certains lieux.

À Paris par exemple, l’Institut Rafaël (ndlr mon précédent article ici) en est une illustration concrète. Ce centre pionnier propose un accompagnement global des patients atteints de maladies chroniques, notamment du cancer, en articulant soins conventionnels et pratiques complémentaires comme le yoga, la sophrologie ou la réflexologie.

Souligner que cette approche complémentaire est d’ores et déjà à l’oeuvre, permet d’attirer l’attention vers deux points importants :

  1. Cette approche du soin est l’incarnation d’un « ET » au lieu d’un « OU ». L’enjeu n’est pas de remplacer la médecine, mais de l’élargir, l’expanser comme j’aime souvent à écrire.
  2. Dès lors que le lieu de pratique existe, il induit l’existence et la nécessité de celui où l’on forme, pense, conçoit.

Alors découvrons maintenant un peu plus Mû Médecine.

 

La genèse d’une école pas tout à fait comme les autres

Mû Médecine peut donc se présenter ainsi : non pas comme une école supplémentaire, mais comme un espace de (trans)formation.

Le mot “mû” lui-même évoque une métamorphose. Une lente évolution plutôt qu’une rupture brutale. L’ambition affichée est claire : accompagner une transition vers une culture du soin plus intégrative, à la fois scientifique, sensible et consciente de ses impacts sur le vivant.

L’originalité du projet tient en grande partie à son positionnement. Ici, la recherche n’est pas un vernis académique, mais un socle vivant. Elle est envisagée comme un outil de questionnement, une manière de dialoguer avec la complexité plutôt que de la simplifier à outrance.

Autre singularité : l’interdisciplinarité assumée. Médecins, chercheurs en sciences humaines, artistes, praticiens de terrain… tous sont invités à croiser leurs regards. Non pas pour diluer les savoirs, mais pour enrichir la compréhension du soin dans toutes ses dimensions.

Mû Médecine n’est pas une école de médecines alternatives. Ce point mérite d’être dit clairement. La démarche ne contourne pas la médecine conventionnelle, elle cherche à l’enrichir — et à former ceux qui la pratiquent à l’exercer autrement.

Une pédagogie incarnée

Concrètement, que propose cette formation ?

Loin d’un enseignement purement théorique, Mû Médecine mise sur une pédagogie expérientielle. Le corps, les émotions, la relation à l’autre y occupent une place centrale. Méditation, pratiques corporelles, réflexion éthique, exploration de la relation de soin : autant de portes d’entrée pour revisiter sa posture professionnelle.

Cette approche s’inscrit dans une idée simple mais exigeante : on ne transforme pas sa manière de soigner uniquement par l’accumulation de connaissances, mais par une transformation de son rapport au monde et aux autres.

La formation intègre également une réflexion sur des notions devenues incontournables : la complexité en santé, l’incertitude, l’écologie du vivant, ou encore l’éthique du care. Autant de concepts qui invitent à sortir d’une vision strictement techniciste du soin, sans pour autant renoncer à la rigueur scientifique.

À qui s’adresse cette démarche ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette formation ne s’adresse pas uniquement à des profils déjà convaincus.

Elle vise un public large de professionnels du soin : médecins, infirmiers, psychologues, mais aussi toute personne engagée dans l’accompagnement. Des profils souvent en questionnement, parfois en transition, et qui cherchent à redonner du sens à leur pratique.

Ce qui les rassemble n’est pas une idéologie, mais une interrogation : comment continuer à exercer sans s’épuiser, sans se désengager, sans perdre le lien avec ce qui a motivé leur choix initial ?

Une démarche disruptive… mais ancrée

Le mot peut sembler galvaudé, mais il trouve ici une certaine justesse. Car Mû Médecine vient bousculer plusieurs lignes établies.

Elle remet en question la séparation stricte entre savoir scientifique et expérience vécue. Elle interroge la place du temps dans le soin, dans un système souvent contraint par l’urgence et la rentabilité. Elle redonne aussi une place à des dimensions longtemps reléguées au second plan : l’écoute, la présence, la qualité de la relation.

Pour autant, la démarche évite l’écueil du rejet. Il ne s’agit pas de déconstruire la médecine moderne, mais de la faire évoluer. Comme le rappelle Cloé Brami, la médecine intégrative n’est pas une promesse miracle, mais une philosophie du soin qui cherche à réconcilier science et humanité.

Autrement dit, une tentative de tenir ensemble ce qui a trop souvent été opposé.

Depuis 2024, la formation fait l’objet d’une évaluation par la recherche. Elle est certifiée Qualiopi, ce qui ouvre la possibilité de financements via les organismes de formation professionnelle — FIF PL, OPCO EP, ou directement via des institutions comme l’Université de Lille ou le CHR de Rodez, qui ont déjà pris en charge des participants.

Mû Médecine ne prétend pas tout réparer. Mais elle propose quelque chose de rare : un espace pour que des professionnels de santé puissent traverser eux-mêmes la question de ce que soigner veut dire, avant de la transmettre. Comme Cloé Brami l’écrit : “J’aime la vie, l’homme et cette terre, et je crois que c’est ça qui m’invite à tenter de créer cet espace pour réenchanter nos manières de soigner.”

J’aime la vie, l’homme et cette terre, et je crois que c’est ça qui m’invite à tenter de créer cet espace pour réenchanter nos manières de soigner.

Cloé Brami
Fondatrice de Mû Médecine

Ce type d’initiative mérite d’être connu, discuté, et soutenu — non parce qu’il est parfait, mais parce qu’il prend au sérieux une question que la transition dans laquelle nous sommes nous invite immensément à nous poser.

Yasmina

Écrit par Yasmina

Fondatrice du projet Sésame, convaincue qu'un monde plus durable se construit à plusieurs.

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