Imaginez pouvoir soulager des douleurs intenses dans la bouche, accélérer la guérison des plaies et réduire drastiquement les médicaments lourds… sans pilule, sans piqûre, sans effet secondaire notable. C’est exactement ce que permet la photobiomodulation (PBM), une thérapie par la lumière douce qui, depuis les années 1980, transforme les soins de support en cancérologie. Tout a commencé grâce à l’intuition d’un stomatologiste niçois, le Dr Gaston Ciais, qui refusait de voir ses patients souffrir inutilement.
La mucite est l’une des complications les plus fréquentes et les plus invalidantes des traitements contre le cancer. Il s’agit d’une inflammation très douloureuse des muqueuses de la bouche (et parfois de la gorge), provoquée par la chimiothérapie ou la radiothérapie. Elle se manifeste par des ulcères, des brûlures, une sensation de bouche « ébouillantée », des difficultés à manger, à parler ou même à avaler sa salive. Chez les patients atteints de cancers de la tête et du cou ou sous chimio intensive, jusqu’à 80 % en développent une forme sévère (grade 3-4), entraînant dénutrition, interruptions de traitement et forte dépendance aux antalgiques opioïdes ou aux bains de bouche anesthésiants – souvent peu efficaces et mal tolérés.
Face à cette souffrance quotidienne, le Dr Ciais s’est tourné vers une solution simple et naturelle : la lumière rouge et proche infrarouge (non thermique, sans chaleur destructrice). Inspiré par les travaux pionniers d’Endre Mester sur la cicatrisation, il a appliqué dès les années 1980 un laser Hélium-Néon (632,8 nm) de façon préventive et systématique.
Résultat ? Réduction rapide de la douleur, guérison accélérée, moins d’interruptions de traitement. Avec René-Jean Bensadoun, il a ensuite validé ces observations par des essais cliniques rigoureux (phase II puis III dès les années 1990), posant les bases d’une approche aujourd’hui reconnue mondialement.
En 2026, la PBM est fermement recommandée par les guidelines internationales de la MASCC/ISOO (Multinational Association of Supportive Care in Cancer) pour prévenir et traiter les mucites chez les patients sous radiothérapie tête-cou (± chimiothérapie) ou greffe de cellules souches avec chimio haute dose. Les protocoles précis (longueurs d’onde 630-660 nm ou infrarouge, doses 2-6 J/cm²) permettent de réduire les mucites sévères de 50 à 70 %, de diminuer la douleur, d’accélérer la cicatrisation et surtout de limiter fortement le recours aux opioïdes et autres analgésiques systémiques.
En France et en Europe, elle est intégrée dans de nombreux centres anticancéreux : Gustave Roussy (avec son centre OncoLum dédié), Institut Curie, Centre François Baclesse… L’ESMO la soutient depuis 2018, et un premier guide européen de référence a été présenté en 2025 à l’AFSOS. Les dispositifs modernes (lasers diodes ou LED flexibles intra-oraux) rendent les séances très confortables : 2-3 fois par semaine, 5-10 minutes, sans effets secondaires notables. Un exemple récent : le dispositif MuReva OM (LED intra-oral) a montré en essai multicentrique américain 2025 (présenté à l’ASTRO) une réduction de 36 % des mucites sévères pendant la radiothérapie et jusqu’à 70 % deux semaines après, avec une tolérance excellente (98 % des séances complètes).
Au-delà des mucites, la PBM s’étend à d’autres complications : radiodermites (brûlures cutanées), neuropathies périphériques, bouche sèche (xérostomie). Mais également sur les traumas crâniens légers (commotions, impacts répétés), où ce que l’on nomme la PBM transcrânienne émerge comme une option prometteuse sans médicament.
La photobiomodulation illustre parfaitement une alternative douce, validée par des milliers d’études, qui remplace ou réduit fortement les traitements chimiques lourds. Sans complication ajoutée, elle améliore concrètement la qualité de vie. Un bel hommage à l’intuition et précisément celle pionnière du Dr Ciais. La lumière n’a pas fini de nous éclairer.
Liens :
https://www.gynazur.eu/pdf/recommandations-2021/Photobiomodulation%20en%20Oncologie.pdf
https://waltza.co.za/about-walt
Photo : image générée IA générée par Grok

