Ortoloco : à Dietikon, 20 hectares pour démontrer que l’alimentation peut-être considérée un bien commun

Il en existe des preuves qu’il est possible de faire “autrement”. À une vingtaine de minutes de Zurich sur la commune de Dietikon, sur les terres bio du Fondlihof, la coopérative Ortoloco en apporte une, concrète et cultivée : depuis quinze ans, 600 personnes répondent, (sans le savoir peut-être), à l’appel lancé par le prospectiviste Jeremy Rifkin d’apprendre à fleurir plutôt qu’à grandir. Ici, pas de course à l’agrandissement ni à la rentabilité maximale, mais une ferme à taille humaine où l’alimentation redevient un projet partagé plutôt qu’une simple marchandise.

Une ferme, 600 mains

Le principe est simple à énoncer, plus exigeant à vivre. Ortoloco rassemble près de 600 coopérateurs-trices, épaulés par six salarié-e-s maraîchers, agriculteurs et spécialistes de la biodiversité. Selon l’abonnement choisi, chaque membre s’engage à effectuer entre 4 et 14 demi-journées de travail par an : semis, désherbage, récolte, emballage ou distribution des paniers. Au cours des articles parcourus pour rédiger cet article, on découvre ce moment Maya et trois autres coopérateurs remplissaient 124 sacs de pommes de terre, céleri, oignons de printemps, rhubarbe et salade — la récolte ayant été pesée au préalable pour que chacun reçoive une part égale. Une fois par semaine, les paniers rejoignent 17 points de distribution répartis à Zurich et aux alentours.

Partager le travail, partager le risque

C’est là que le modèle se distingue vraiment d’un simple circuit court. Chez Ortoloco, l’adhésion passe par l’achat de parts de coopérative — remboursées à la sortie — qui financent l’infrastructure de la ferme, tandis que la contribution annuelle couvre les coûts réels de production. Et l’originalité tient surtout à la mutualisation des aléas : une bonne année, la récolte abondante profite à tous sans hausse de cotisation ; une mauvaise année, tout le monde absorbe collectivement la baisse de production, plutôt que de la faire peser sur les seuls exploitants. Comme le résume une membre fondatrice, ailleurs les paysans assument seuls les risques du métier — ici, le risque agricole devient une affaire collective, au même titre que la récolte.

20 hectares, à l’échelle humaine

Cette solidarité s’incarne concrètement dans le foncier. Ortoloco cultive 20 hectares — terres arables, pâturages, potager, verger et un hectare de forêt — soit l’équivalent d’une trentaine de terrains de football, à peine plus grande qu’un quartier. Une surface modeste, mais qui suffit à nourrir 600 foyers dès lors que la production reste diversifiée et le travail partagé. L’abonnement légumes-fruits revient à 90 francs Suisse par mois (soit environ 97 euros), un montant comparable à un panier bio de supermarché — à la différence près, souligne une cofondatrice, « qu’ici on sait qui a planté les radis. »

Un modèle qui essaime

Ortoloco n’est pas un cas isolé. En Suisse romande, la coopérative genevoise Les Jardins de Cocagne, née à la fin des années 1970, porte les mêmes principes : salaires équitables, sols vivants, variétés oubliées. Le réseau national Solawi Suisse recense aujourd’hui les fermes en agriculture solidaire à travers le pays.

Rifkin appelait à passer de la croissance à la floraison, du capital financier au capital écologique. Sur ses 20 hectares, Ortoloco n’a rien théorisé de tout cela : la coopérative l’a simplement mis en culture, une demi-journée de travail à la fois.

Yasmina

Écrit par Yasmina

Fondatrice du projet Sésame, convaincue qu'un monde plus durable se construit à plusieurs.

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