« À chercher le plaisir, on oublie de chercher le bonheur. » Cette phrase de Rémi Roux donne une clé de lecture du projet Ethiquable. Depuis 2003, cette coopérative gersoise explore une autre manière de faire du commerce, en plaçant les producteurs, les personnes et les équilibres écologiques au cœur de son activité. Avec une conviction : la réussite d’une entreprise ne se mesure pas uniquement aux profits qu’elle génère.

Grandir sans renoncer à ses principes

À l’origine d’Ethiquable, trois fondateurs aux compétences complémentaires : commerce, finance et ingénierie agronomique. Ils choisissent le modèle de la SCOP, une société coopérative et participative dans laquelle les salariés sont associés et les décisions collectives reposent sur le principe « une personne, une voix ».

Aujourd’hui, l’entreprise compte 168 salariés dont 126 associés et travaille avec plus de 100 coopératives partenaires autour desquelles s’agrègent 49 000 producteurs répartis à travers 29 pays. Ses ventes annuelles atteignent 93 millions d’euros en 2025. Elle est également devenue la première marque française de tablettes de chocolat bio en grande distribution.

Il était important de témoigner de ces chiffres, car ils sont l’expression tangible que faire autrement peut aussi s’envisager à grande échelle.

Du champ au rayon, la cohérence à l’épreuve

Ethiquable construit ses filières avec des coopératives de producteurs et défend une agriculture paysanne biologique, notamment à travers l’agroécologie et l’agroforesterie. Les relations commerciales s’inscrivent dans la durée, avec une ambition : mieux rémunérer le travail agricole, consolider les organisations paysannes et renforcer leur autonomie.

Depuis 2014, l’évolution du cadre légal français du commerce équitable permet également à la coopérative de développer des filières sur le territoire national, avec environ 800 producteurs. Une même ambition relie ainsi les agricultures d’ici et d’ailleurs : permettre aux producteurs de vivre de leur travail tout en faisant évoluer les pratiques agricoles.

Reste à rendre ces produits accessibles au plus grand nombre. Ethiquable a d’une part fait le choix de se passer de publicité et de privilégier une autre voie : celle de partenariats avec des enseignes qui acceptent de ne pas facturer les frais de référencement et de considérer dans l’intérêt du consommateur le choix des marges appliquées. Autant de leviers pour limiter le prix payé par le consommateur, sans renoncer aux convictions qui fondent le projet.

De quoi m’inspirer un slogan : quand les convictions passent à la caisse !

Sans publicité, les emballages prennent une autre dimension. Ils racontent l’origine des produits, présentent les organisations partenaires et expliquent les engagements de la coopérative. Le produit devient ainsi bien plus qu’un achat : un moyen de comprendre ce que l’on soutient en le choisissant.

Une autre conception de la réussite

La cohérence recherchée dépasse les produits vendus. Ethiquable est sociétaire de Windcoop, un projet de transport maritime à la voile, et s’approvisionne en électricité auprès d’Enercoop. Deux choix qui prolongent son attention aux conditions de production et de transport, au-delà du seul contenu des emballages.

Dans le podcast 2030 Glorieuses, (qui a énormément nourri les sources de cet article) au cours d’un entretien diffusé en avril 2026 par Julien Vidal, Rémi Roux revient sur les convictions qui orientent ces décisions. Son témoignage donne une profondeur supplémentaire aux informations recueillies sur l’entreprise : il permet de comprendre le raisonnement qui relie son modèle coopératif, ses choix agricoles et sa conception de l’argent.

Rémi Roux évoque aussi la nécessité de préserver sa capacité d’indignation, en reprenant cette phrase de Stéphane Hessel : « Je vous souhaite à tous d’avoir un motif d’indignation. C’est précieux. »

Encore faut-il que cette indignation puisse déboucher sur autre chose que le constat de ce qui ne va pas. Elle peut aussi devenir le point de départ d’une réflexion sur ce que nous voulons construire, et sur les moyens d’y parvenir. Chez Ethiquable, cette réflexion touche au cœur même du modèle économique : quelle place accorder au profit dans une entreprise dont la réussite se mesure aussi à ses effets sur les personnes et leur environnement ?

Le profit reste indispensable pour investir, durer et poursuivre le projet. Mais il demeure un moyen, non une finalité. Cette distinction permet d’envisager le développement économique sans faire de la rémunération du capital son critère suprême.

Faire du commerce autrement, c’est aussi choisir ce que l’économie doit servir, et lui redonner sa juste place : celle d’un moyen de faire éclore ce qui, en chacun et autour de nous, ne demande qu’à s’épanouir.

Yasmina

Écrit par Yasmina

Fondatrice du projet Sésame, convaincue qu'un monde plus durable se construit à plusieurs.

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