À Marseille, un EHPAD accueille aussi des enfants, des étudiants, des musiciens et un espace de coworking. Aux Jardins d’Haïti, la maison de retraite cherche à rester une maison ouverte sur la vie.
Une histoire de transmission
L’histoire commence en 1951. Suzanne Boucraut crée l’association Nos Vieux Jours et réhabilite un ancien couvent pour accueillir des personnes âgées en difficulté. Son fils Robert poursuit le développement du lieu. Aujourd’hui, Laurent Boucraut en assure la direction.
Son parcours n’est pas celui qu’on imagine spontanément pour un directeur d’EHPAD : avant de rejoindre l’établissement, il a été moniteur de ski pendant dix ans, notamment auprès de la clientèle du Club Med. Dans le podcast Le Temps de la relève, en 2025, il raconte sa vision du métier et l’attention qu’il porte aux conditions de travail des équipes. Laurent Boucraut incarne sans contexte sa vision d’un « autrement », nourrie entre autres par ce qui a caractérisé son début de carrière et sa formation académique aux outils de gestions et de pilotages.
Les Jardins d’Haïti se distinguent notamment par la stabilité de leurs salariés, dans un secteur où le recrutement et la fidélisation des professionnels sont des enjeux majeurs. Ici, prendre soin des résidents suppose aussi de prendre soin de celles et ceux qui les accompagnent.
Une maison traversée par la vie
La singularité des Jardins d’Haïti tient aussi à ce qui se passe au-delà des espaces de soin. Une crèche accueille de jeunes enfants. Deux étudiants sont logés et nourris en échange de sept heures hebdomadaires passées auprès des résidents. Un espace de coworking, un restaurant, et des activités ouvertes sur le quartier contribuent à faire circuler d’autres présences dans la maison.
L’école de musique compte, elle, 70 élèves. Leurs apprentissages et leurs rencontres ajoutent une autre génération à cette vie collective.
Cette cohabitation ne gomme ni la dépendance, ni les besoins médicaux, ni les contraintes du quotidien. Elle élargit simplement le décor : les personnes âgées ne vivent pas uniquement au milieu de professionnels et d’autres résidents. Elles peuvent aussi croiser des enfants, des étudiants, des familles, des musiciens et des voisins.
Marseille, bébé : ici, la vie ne s’arrête pas à la porte de l’EHPAD.
Laurent Boucraut résume l’esprit de cette ouverture par une formule entendue dans le podcast : « Ça fait du bien a beaucoup et cela ne fait de mal à personne. »
Ça fait du bien a beaucoup et cela ne fait de mal à personne.
Garder sa place dans le monde
Les Jardins d’Haïti témoignent d’une autre manière de penser l’accueil des personnes âgées : un lieu qui assure les soins nécessaires tout en préservant des occasions de rencontre avec le monde extérieur.
L’expérience ne prétend pas résoudre à elle seule les difficultés du grand âge. Elle rend toutefois visible une conviction concrète : une maison peut protéger sans se refermer, et accompagner la fragilité sans réduire celles et ceux qui y vivent à leur dépendance.
Depuis l’association créée par Suzanne Boucraut en 1951 jusqu’à l’établissement actuel, le lieu a changé de forme. Il conserve une même fonction d’accueil, tout en élargissant les liens qu’il tisse avec son environnement.
Aux Jardins d’Haïti, prendre soin consiste aussi à maintenir la possibilité d’une vie commune, entre générations et au-delà des murs.

