À l’école, nous apprenons à regarder pousser une plante et tout le processus qui découle de la germination jusqu’à la croissance de celle-ci. Nous avons tous un jour où l’autre poser une graine de lentille sur du coton mouillé et rapporté fièrement à nos parents le fruit de notre attente devant leurs yeux poliment ébahis face à ces petites tiges vertes !

Mais la graine, la semence, on nous en parle peu, rarement, vaguement. Et pourtant ! Pour tous ceux qui s’intéressent à leur hygiène de vie et qui portent une attention particulière à leur alimentation, ce sujet est passionnant.

La semence fait l’objet d’un véritable cadre réglementaire et scientifique.  Paradoxalement, ce n’est pas le marché qui en préserve les variétés mais les paysans et ce à marche forcée.

Dans cet article ; nous avons voulu nous consacrer au Réseau semence paysanne. Ce collectif existe depuis 2003 et compte plus de 70 membres. Quelle est leur raison d’être et d’exister ? Que signifie le terme « semence paysanne » et de quoi parlons-nous lorsque nous utilisons le mot « semence » ? Pourquoi la liberté de semer est essentielle ?

Sésame la petite graine vous emmène aujourd’hui à la rencontre de cette association, née au pays où l’on coupe la tête des rois et dans le même temps, où l’on continue d’agir pour la souveraineté : notre souveraineté alimentaire.

La raison d'être du réseau

Le RSP (acronyme aux allures de nom de commando) s’est fixé pour objectif la défense de la biodiversité et ses savoir-faire associés.

Mais qu’a à voir la biodiversité avec le mot semence ? Et pourquoi « semence paysanne » ?

 

Un peu d’histoire :

Jusqu’au 19eme siècle, on faisait ses semences à la ferme, en opérant entre chaque récolte à une sélection dites « massale ». Les graines étaient échangées entre paysans faisant l’objet de trocs et d’échanges d’informations concernant celles-ci. Tout un écosystème social et économique donc. Mais le mieux étant l’ennemi du bien, dès la fin du 19ème siècle, il y a une professionnalisation du secteur de la sélection de graine qui va se constituer. D’années en années la sélection généalogique et les critères de « performances » de la graine s’accentuent pour obtenir des variétés de plus en plus homogènes et productives dans un environnement donné, c’est-à-dire, qui sont enrichies en intrants chimiques. Eh oui ! Le progrès génétique est le troisième pilier de la modernisation agricole ! Les deux premiers étants la mécanisation et l’agro-chimie. Et pour que cette recherche génétique soit la plus efficace possible il faut qu’elle soit enregistrée et rétributive pour qui à travailler à son sujet nous ; assistons alors à ce qui va devenir le catalogue officiel des semences.

Placez une guerre mondiale sur l’échelle de notre histoire et un besoin vital de nourrir rapidement et efficacement une société, pas à pas, de plans en plans, nous voici dans l’ère des OGM, des hybrides et des semences sous licences. Le capitalisme germe et pousse aussi dans nos campagnes modifiant à son image nos paysages. Le sociologue Henri Madras ,dans son ouvrage de 1967 sur l’industrialisation du maïs, en fera une belle démonstration en décrivant comment l’hybridation du maïs et l’obligation d’acheter chaque année de la semence modifiera les savoir-faire et pratiques du paysan, et comment cette nouvelle façon de produire influera sur les sociabilités de l’ancien mode de fonctionnement ainsi que son modèle économique ; modifiant les bases du système paysan établi jusqu’alors sur la subsistance et l’autonomie pour passer à un système dépendant et répondant aux critères du capitalisme.

On comprend à cette étape comment à trop vouloir uniformiser nos plantes, la biodiversité s’est appauvrie. Ainsi : « En 50 ans, on estime que 75% de la biodiversité cultivée a disparu ». La terre au carré 22/06/2020.

Alors que d’un côté, le pays vit à plein sa modernisation agricole, de l’autre, des paysans, agriculteurs, exploitants, jardiniers, particuliers ont conservé et continué de cultiver des semences demeurant le fruit de techniques agricoles traditionnelles, biologiques ou biodynamiques et adaptées à leurs conditions locales de croissance et d’exploitation.

De manière empirique et presque confidentielle, ces mouvements de réappropriation paysanne des semences vont chercher à se structurer et le réseau le plus important aujourd’hui en France est : Réseau Semence Paysanne. Plus de 70 membres qui cultivent, préservent les variétés agricoles et notre biodiversité. Le terme « semence paysanne » apparaît officiellement avec la création de ce collectif en 2003. Rappelons ici que le terme « paysan » est tout sauf péjoratif et de façon étymologique fait appel à « celui qui habite le pays ».

Mais comment désormais de façon officielle le RSP arrive à entretenir et semer ces graines dites « anciennes », non soumises à la réglementation et ne figurant pas au catalogue officiel ? Grâce au vide…législatif. En effet, les textes sont nombreux, parfois contradictoires comme la Convention Internationale pour la Protection des Obtentions Végétales (l’UPOV) qui dans son texte de 1978 reconnaît le privilège de l’agriculteur et dans celui de 1991 ne le reconnaît pas … Donc, comme ce qui n’est pas interdit est de facto autorisé, le RSP nourri ce creux si l’on puit dire qui devient alors sillon de germination. Constitué de plus de 70 organisations, chacune impliquée dans des initiatives de promotion et de défense de la biodiversité cultivée et des savoir-faire associés. Le Réseau Semence Paysanne œuvre à la promotion de mode de gestion collectifs et de protection des semences paysannes, ainsi qu’à la reconnaissance scientifique et juridique des pratiques paysannes de production et d’échange de semences et de plants. Ils sont co-organisateurs des Rencontres Internationales des Semences Paysannes « Sème ta Résistance » qui ont lieu tous les ans et réunissent des centaines de personnes venues de 60 pays…

Avec résilience et démonstration, ils participent à offrir une nouvelle-ancienne façon de nous nourrir. Pour ainsi dire le Réseau Semence Paysanne ne réinvente pas la roue il la remet en fonctionnement, c’est la fameuse boucle de rétroaction chère à Edgar Morin, pouvoir revenir en arrière en s’adaptant au contexte présent et donner une nouvelle ligne de fonctionnement qui va vers le futur.

En quoi la ligne que dessine le Réseau Semence Paysanne est-elle importante ?

La réponse est claire, par cet extrait du livre de Lionel Astruc « Vandana shiva, pour une désobéissance créatrice ». : « En réalité, la réussite d’une culture dépend de l’interdépendance entre la graine (et ses gènes) et son environnement : le sol, la pluviométrie, l’ensoleillement, etc. Quantités de données montrent que les sols cultivés de manière biologique s’enrichissent en nutriments. Ces méthodes favorisent l’apparition d’organismes qui nourrissent le sol : cela multiplie le taux de potassium par onze, le taux d’azote par cinq, le taux de magnésium par trois et celui de calcium par deux. Les plantes qui poussent sur ces terres sont elles aussi plus riches. En revanche, en agriculture intensive, le sol est extrêmement pauvre. Donc les graines sont une chose et la manière de les cultiver en est une autre. Mais ces deux aspects sont absolument indissociables pour obtenir une bonne récolte ».

Pour vous informer plus en détail sur la vie du Réseau Semence Paysanne, le lien vers leur site internet et en biographie à la fin de cet article. Et si vous aussi envie de semer des semences paysannes dans votre potager, vous trouverez également à la fin de cet article une liste de noms où pouvoir vous fournir.

Les semences sont une réponse aux défis environnementaux et sociaux actuels, alors qu’il existe déjà des applications du type yuka, peut-on rêver d’un onglet supplémentaire qui nous renseignerait sur les graines qui ont fait pousser les jolis fruits et légumes de nos paniers et ainsi en tant que consommateur continuer d’être acteur de notre manière de nous nourrir, continuer d’être souverain de notre façon de vivre.

Réseau semence paysanne : www.semencespaysannes.org

Où acheter des semences paysannes ? : 

Germinance : www.germinance.com

Ferme Sainte-Marthe : www.fermedesaintemarthe.com

Kokopelli : www.kokopelli-semences.fr

Semailles : www.semaille.com

Le Biau Germe : www.biaugerme.com

 

 

Yasmina

Écrit par Yasmina

Fondatrice du projet Sésame, convaincue qu'un monde plus durable se construit à plusieurs.

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