ou quand l’admiration devient motrice de création.

Point de départ : quand le regard change tout

Tout commence, comme souvent, par une intuition partagée. D’un côté, Loubna Ksibi et Donia Souad Amamra imaginent Mama’s Cooking. De l’autre, Youssef Oudahman lance Mama’s Kitchen. Les projets se ressemblent tellement qu’une évidence s’impose : les trois se rencontrent et décident naturellement de s’associer.

Meet My Mama naît ainsi en 2017 de la rencontre de trois co-fondateurs alors qu’ils terminent à peine leurs études.

Ce qui distingue Meet My Mama d’autres structures à impact, ce n’est pas un programme d’insertion ou une logique de quota : c’est un regard. « En fait ces femmes on les a toujours vues avec des yeux hyper valorisants… avec beaucoup de choses à apporter à la société et on a juste transporté notre regard à nous, et je pense que c’est ça qui a fait la différence avec d’autres structures à impact », confie Loubna dans le podcast La relève. Youssef Oudahman formule la même conviction : « On a grandi avec ces femmes qui étaient un peu laissées pour compte ; elles avaient de vrais savoir-faire, sans savoir qu’elles pouvaient les valoriser. Dans la gastronomie, 80 à 90 % des postes de direction sont encore occupés par des hommes. On ne veut pas seulement faire une place à ces femmes, on veut leur faire une bonne place. »

Trois piliers pour révéler des talents

La mécanique de Meet My Mama repose sur une architecture tripartite : une activité de traiteur haut de gamme, une branche formation baptisée « Mama Academy », et un accompagnement à l’entrepreneuriat. Ces trois composantes ne fonctionnent pas en silos — elles se nourrissent mutuellement.

Via la Mama Academy, l’entreprise accompagne les femmes cheffes tout au long de leur parcours, sur les compétences culinaires comme sur les bases de l’entrepreneuriat. Des formations sont aussi proposées aux personnes éloignées de l’emploi. Depuis le lancement, ce sont plus de 300 personnes qui ont été accompagnées vers un emploi durable dans la restauration, et environ 80 femmes qui ont lancé leur propre entreprise de traiteur.

La ligne directrice est claire et radicale : « On ne fait pas juste de l’insertion économique », souligne Loubna. « Le but c’est de faire de ces femmes des cheffes, entrepreneures, indépendantes. »

Ce n’est pas seulement de l’inclusion — donner une place dans un système existant — mais beaucoup d’empowerment : transmettre les outils pour construire son propre système. Donia Souad Amamra le formule sans détour : « On leur donne le pouvoir d’avoir du pouvoir. Elles vont transmettre ça à leurs enfants, à leur entourage. Il y a un impact indirect immense. »

Pour élargir son offre et incarner l’évolution gastronomique de ses recettes, Meet My Mama a également créé une carte française et une marque dédiée : « Maison Mère », signature d’une ambition qui ne renonce ni à ses racines ni à l’excellence.

Un volet économique au cœur, et non en périphérie

Ce qui rend Meet My Mama structurellement différente c’est aussi la place centrale — et non périphérique — accordée au modèle économique. « On a pensé le modèle pour être scalé », dit Loubna sans ambiguïté. Cette volonté de montée en puissance n’est pas une concession au capitalisme : elle est au service de la mission. « On s’est dit, il y a des milliers de femmes qui veulent vivre de la passion pour la cuisine, comment on fait alors pour accompagner des milliers de femmes ? »

Leur mission : non seulement révéler mais aussi préserver. Meet My Mama ce sont 11 points atteints sur 17, en objectifs de développement de durable. Un talent sublime, une maman prend soin. Meet My Mama incarne cette congruence, preuve que bien, mieux, faire est non seulement possible mais viable.

Avec des centaines d’événements par an, Meet My Mama s’est constitué une clientèle solide : grandes entreprises, événements internationaux — de l’Exposition Universelle de Dubaï en 2020 aux Jeux Paralympiques de Paris 2024.        « Mais on est plus scalables aujourd’hui qu’un traiteur classique », affirme Loubna. La raison : là où un traiteur traditionnel centralise la production, Meet My Mama active un réseau de cheffes autonomes, chacune porteuse de sa propre structure. La croissance du chiffre d’affaires devient ainsi mécaniquement génératrice d’impact. Loubna Ksibi le résume avec une formule limpide : « La magie, c’est que plus on fait de business, plus on crée de l’impact. Et plus on crée de l’impact, plus le business suit. »

Meet My Mama finalement ne cherche pas à intégrer des femmes dans un monde qui ne les attendait pas. Elle construit, avec elles, un monde qui leur appartient. En faisant de l’admiration le point de départ — et non de la compassion —, les fondateurs ont inventé une grammaire de l’impact inédite : celle où reconnaître un talent suffit à le libérer, et où le regard posé sur quelqu’un peut devenir la première brique de son émancipation.

Sources :

Site : Meet My Mama

Podcast : La relève de Thibault Lamarque

https://fr.euronews.com/my-europe/2026/04/10/meet-my-mama-la-foodtech-qui-propulse-des-cuisinieres-vers-lentrepreneuriat-haut-de-gamme

https://www.lesechos.fr/weekend/gastronomie-vins/avec-meet-my-mama-donia-souad-amamra-aide-les-femmes-a-devenir-cheffes-17

 

 

Yasmina

Écrit par Yasmina

Fondatrice du projet Sésame, convaincue qu'un monde plus durable se construit à plusieurs.

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