Entreprise à But d’Emploi (EBE) : le laboratoire qui transforme le chômage en emploi
En France, plus de deux millions de personnes vivent le chômage de longue durée comme une exclusion durable. Depuis 2016, les Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD) inversent la logique : plutôt qu’une allocation, on propose une activité utile et un CDI à temps choisi. À l’origine de cette révolution douce : Patrick Valentin, entrepreneur social d’ATD Quart Monde, qui dès 1994 expérimentait à Seiches-sur-le-Loir l’idée qu’aucun chômeur n’est inemployable et que des besoins locaux restent insatisfaits. La loi du 29 février 2016, portée par Laurent Grandguillaume, donne corps au projet : réallouer les 18 000 € annuels de coût du chômage vers des emplois stables. Prolongée en 2020, l’expérimentation compte aujourd’hui 83 territoires et 92 Entreprises à But d’Emploi (EBE).
Comment fonctionne une EBE ?
Une EBE est une structure ESS (association ou coopérative) qui embauche en CDI, sans sélection, toute personne privée d’emploi depuis plus d’un an et volontaire. Le Comité Local pour l’Emploi (CLE) – élus, France Travail, habitants – identifie les besoins non concurrentiels : réemploi, services à la personne, mobilité douce, espaces verts.
Le financement ? Réallocation des aides sociales + chiffre d’affaires. Résultat : plus de 3 800 emplois créés, souvent à temps choisi. Et un bonus écologique majeur : « la moitié des activités sont liées à la transition écologique », affirme Laurent Grandguillaume.
Recyclerie, jardins partagés, vélos électriques : les EBE soignent la planète tout en redonnant dignité.
Un modèle viable et une loi en marche
Le coût net par emploi oscille entre 11 300 et 13 700 €/an, compensé à 75 % par les économies sur les minima sociaux.
Trois quarts des EBE sont en situation positive. En mai 2025, une proposition de loi (transpartisane) a été déposée pour pérenniser et étendre le dispositif au-delà de 2026.
Au-delà des chiffres, les EBE rappellent une vérité simple : travailler, c’est exister ensemble.
Donner à chacun une activité qui a du sens, c’est redonner une place dans le monde commun. Comme le disait Hannah Arendt, l’action collective fait la liberté. Aujourd’hui, 83 territoires prouvent que l’emploi pour tous n’est pas un rêve : c’est un choix humain à portée de main.

