Le choix de la rédaction de cet article démarre avec le visionnage d’une vidéo sur la librairie Pharmakeia https://lapharmakeia.fr/ à Marseille. Cet endroit propose les livres par thématique de besoins émotionnels. Une sorte de pharmacie pour prendre soin de nos émotions mouvementées. Nous avons beaucoup aimé cette initiative si bien exprimée dans ce reportage de La Provence alors nous avons continué d’évoquer ce sujet autour de la table et ce que nous pensions des bienfaits de la lecture (au-delà du plaisir de plonger dans un monde littéralement…) et !… le terme de bibliothérapie est venu au fil de notre échange. Mais oui! Au fait ? Qu’en est-il plus précisément de cette possibilité d’accompagnement ?
Sur sa part historique, un article de la Revue de l’Unesco datant de 1956 nous apprend que Ramsès II possédait une bibliothèque de papyrus à Thèbes et sur l’entrée de laquelle il y était gravé : « Un lieu où l’on guérit l’âme. » Il nous semble inutile d’étayer cette inscription, elle nous paraît claire sur les intentions portées aux bénéfices de la lecture de ces parchemins.
Par la suite et en parcourant notre histoire occidentale nous avons retrouvé des témoignages relatant les bienfaits de la lecture sur les troubles dépressifs et anxieux, et de nombreux en France (c’est important pour la suite, et nous n’avons pas su trouvé pourquoi le pays de Rousseau a lâché le bout du côté scientifique pendant tant d’années ?)
C’est finalement au XX siècle que les premières expériences concrètes vont se faire. Plus précisément au moment de la Première Guerre mondiale. C’est ce que nous rapporte la thèse de Keren-Or DAHAN publiée en 2021et intitulée – « Le livre sur ordonnance » en tant qu’outil thérapeutique et de prévention en médecine générale – On y apprend, que le pasteur et essayiste Américain, Samuel McChord Crothers, décrit dans son article « A literacy clinic » en 1916, un institut « bibliopathique » où les classiques de la littérature sont utilisés comme des médicaments. Aux auteurs sont attribués des vertus curatives comme : stimulant, antipyrétique (qui lutte contre la fièvre). Mais surtout et, un élément important à relever, les soldats revenus des combats avec des troubles post-traumatiques seront la première source de motivation à ces expériences.
Ce qui est intéressant d’observer à cette étape c’est que l’on assiste à la modélisation d’un accompagnement thérapeutique pour donner suite à un besoin de réparation psychique de tout un pan d’une population.
En revanche nous n’avons trouvé aucune information relative à d’autres expériences durant la Seconde Guerre mondiale (période d’ailleurs où seront développées les thérapies dites « brèves »)
C’est en 1961 que la définition à laquelle nous nous attachons aujourd’hui apparaît dans le Webster International :
« La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie, et un moyen pour résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée. » Bon c’est plutôt clair, le cadre est posé.
"On perd ses maladies dans les livres. On y reproduit et revit ses émotions, pour en être les maîtres."
Sur la seconde moitié du XX siècle c’est encore Outre-Atlantique et Outre-Manche que les expériences vont continuer d’être menées et les actes thérapeutiques dessinés.
Au Royaume-Uni ; dans le cadre du programme nommé « Reading Well Books on prescription » les médecins peuvent prescrire à leurs patients un abonnement à la bibliothèque selon un protocole instauré en 2013 et sur la base des listes établies par la Reading Agency https://readingagency.org.uk/ ; nous informe le bulletin des bibliothèques de France dans un article du 13/06/2022.
2013 Outre-Atlantique, la revue PLOS One https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0052735 met en ligne une étude menée par une équipe de chercheurs écossais auprès de 200 patients diagnostiqués dépressifs. La moitié a été mise sous antidépresseurs quand l’autre moitié a suivi un programme de thérapie au travers de la lecture de l’ouvrage : Overcoming depression (Dépasser la dépression) et des discussions liées mises en place avec les psychologues. Le résultat est parlant : au bout de 4 mois, 42,6% des patients lecteurs ont vu leur degré de dépression réduire nettement contre 24,5% des personnes médicamentées.
Sur les effets du stress plus précisément, une autre étude de l’université de Sussex quant à elle indique que la lecture de romans est le meilleur moyen de se détendre. Pour le démontrer les scientifiques ont augmenté le niveau de stress et la fréquence cardiaque d’un groupe de volontaires et ensuite tester auprès d’eux différentes méthodes de relaxation.
Quelle est la méthode la plus efficace ? Oui. La lecture.
Avec un taux de 68% de réduction de stress elle passe la ligne d’arrivée avec 7 points d’avance sur la musique qui réduit elle le stress pour 61%. La marche, elle, arrive en dernier (nous étions quelques-uns à être étonnés chez Sésame) avec un effet à 42%. Autre élément et non des moindres, les participants à cette étude n’ont eu besoin que de 6 minutes en silence pour ralentir leur rythme cardiaque et apaiser leurs tensions musculaires.
Nous évoquons pour beaucoup la zone anglo-saxonne car c’est de là que sont fournis les plus grandes ressources documentaires, même si on en trouve provenant d’Italie et d’Allemagne en parcourant la toile. En France où le statut de bibliothérapeute n’est pas reconnu nous avons tout de même constater une littérature scientifique autour de différentes thèses et une ressource bibliographique très intéressante.
2009 selon nous, reste un marqueur important du traitement de cette thérapie avec la publication de la 1èr thèse sur ce sujet (à notre connaissance) du Docteur Pierre-André Bonnet (La bibliothérapie en médecine générale). Depuis l’on constate un intérêt grandissant pour cet accompagnement thérapeutique, au regard des thèses et articles publiés à ce sujet.
Et deux branches se distinguent :
Dans un premier temps nous avons, ce que la littérature scientifique a nommé, la bibliothérapie prescriptive, trois grandes catégories sont utilisées pour celle-ci : le répertoire classique, les ouvrages de psychologie pure et enfin ceux que l’on nomme les « self-help books » ou de développement personnel.
Les premiers apportent réconfort par processus d’identification (mécanisme psychique très facilement apporté par les films mais qui n’enclenchent pas l’introspection et la réflexion du sujet). Les seconds présentent une approche pragmatique et informative du trouble concerné (cela a l’avantage de rendre tangible ce que le sujet traverse et par là en dédramatiser la sensation parfois), enfin les troisièmes sont des sources pratiques de méthodologies et d’exercices appliqués pour apaiser la tension émotionnelle et morale (les rayons bien-être de nos librairies en sont garnis).
Voilà en résumé ce qu’il en est de la bibliothérapie prescriptive.
La seconde se déploie sous la désignation de bibliothérapie-créative et par ce biais elle devient un dérivé de l’art-thérapie reconnue par les autorités de santé. En effet dans un ouvrage référence à l’art-thérapie conduit par Jean-Yves Klein (lien sur notre page : ressources inspirantes) tout un chapitre est consacré à la bibliothérapie.
Cette subtilité (french touch ?) ouvre donc des portes à sa meilleure connaissance et formations.
Mais pourquoi lire, si en lieu et place, prendre un cachet fait le même effet ? (dans un cadre médical et diagnostic favorable à pouvoir poser cette question rappelons-le), voici ce qui nous intéressait le plus chez Sésame.
Le premier, est direct (rappelez-vous 6 minutes). Le second, (l’étude de 2013 publiée sur PLOS One) parce qu’il nous permet de prendre du recul sur ce qui nous arrive. Ainsi en comprenant les mécanismes qui se jouent en nous, nous affaiblissons la probabilité de réintroduire les mêmes schémas douloureux dans nos existences (typiquement ce que l’on nomme aujourd’hui la boucle infernale aux relations toxiques par exemple). Le troisième est celui que nous nommerons champ élargi du bénéfice thérapeutique. En effet la lecture a aussi la vertu de développer l’empathie, empathie développée à la fois chez le médecin thérapeute (on ne peut pas conseiller des livres si on ne les lit pas) et chez le patient. Les études ont démontré que les médecins développaient eux-mêmes plus d’empathie lors de leur pratique, et un patient mieux pris en charge est un patient qui se répare mieux. Du côté du patient, aborder la vie avec plus d’empathie incline à plus d’attention aux autres, à aider, et donc à entrer en action pour le bien de la communauté. Cela fait évidemment parti d’éléments non quantifiables mais aux effets bien réels. Un peu comme un service ou une entreprise qui obtiendrait de très bons résultats tout en apportant satisfaction à l’ensemble des parties. La variable « magie humaine » ne rentre pas dans les tableurs et pourtant ça fonctionne. Si ce sujet vous intéresse aussi ; ce livre l’illustre parfaitement : L’entreprise une affaire de coeur, d’Hubert JOLY avec Caroline LAMBERT https://projetsesame.org/ressources-inspirantes/
Typiquement on vient de vous de donner un exemple de bibliothérapie appliquée à l’entreprise :)!
Dans un environnement médical et encadré nous avons pu nous rendre compte que pour certains maux, il y a les mots. Et qu’en traversant douleurs et anxiétés dans nos existences il nous est possible d’en gai rire et non de se, soi nier…vous nous suivez 😉 ?

